Dr Ben Youssouf Kéita, président du parti Alliance pour le Changement et le progrès de Guinée, nous dépeint le parcours du CNRD.

Interview

Dr Ben Youssouf Kéita, président du parti Alliance pour le Changement et le progrès de Guinée : « Dans le domaine de l’agriculture force est de reconnaitre qu’il y a des avancées reconnues, même sur le plan international »

L’actualité sociopolitique de la Guinée est actuellement tâchée de plusieurs sujets tous importants à
des degrés très variables. Il s’agit notamment de la célébration de l’an deux, (2) de la gouvernance du CNRD prévue pour le 05 septembre 2023 ; les manifestations de contestations projetées par les
forces vives de la nation le même jour ; le lancement du recensement général de la population
guinéenne, etc. Loin d’être un isolement, le coup d’Etat récemment enregistré au Gabon laisse un amas de réactions de la part des acteurs politiques de tout bord. Dans cette interview exclusive que nous a accordée Dr Ben Youssouf Kéita, président du parti Alliance pour le Changement et le progrès de Guinée, le 03 septembre 2023, ce leader politique a souhaité apporter assez d’éléments de réponses
concernant ces sujets qui aujourd’hui suscitent tant de préoccupations.

La voix du peuple plus :
Etant un acteur majeur du milieu politique guinéen, que pensez-vous du fait
que les forces vives veuillent manifester le 05 septembre 2023 qui marque les 2 ans de
gouvernance du CNRD qui prévoit aussi d’en faire une célébration ?

Dr Ben Youssouf Kéita : « En se focalisant sur la chronologie des faits, c’est le CNRD qui a d’abord
proposé de célébrer sa prise du pouvoir par des fêtes de réjouissance dans des places publiques adaptées à de telles cérémonies. En réplique les forces vives ont annoncé les manifestations de rue à la même date. Vous comprendrez aisément qu’il y a là une velléité d’affrontement, de contestation, et de défiance. Ce qui n’est pas chose souhaitable du tout pour notre transition, parce que source de conflits. C’est pourquoi je dis et je le répète, les marches ou les manifestations de rue en cette période ne sont pas opportunes. Nous sommes en période d’exception, de transition avec une durée bien fixée à 24 mois, et nous savons qu’il y a des écueils pour que ces 24 mois soient respectées. A vouloir compliquer cette situation, on risque de fournir tout bonnement un alibi pour un glissement de calendrier; chose que nous ne souhaitons pas. Sachant que c’est autour de la table que tous les conflits s’achèvent toujours, quelques soient par ailleurs l’ampleur et la profondeur du désaccord, ALLONS Y là. Les manifestations de rue non autorisées qui seront organisées seront toujours émaillées de dommages matériel, physique et peut être des pertes en vie humaine. Nous n’en voulons plus. Donc allons au tour de la table où toutes les conditions idoines doivent être créées pour que tous les acteurs concernés par l’évolution de la vie nationale guinéenne se retrouvent et discutent à battons rompus dans l’intérêt exclusif du peuple de Guinée. C’est ce que nous, réclamons haut et fort à l’ACP »

Quel est votre avis concernant le lancement très bientôt du recensement général de la population par le CNRD dans le cadre de la préparation du fichier électoral ?

« Déjà le recensement général de la population et de l’habitat ainsi que le RAVEC sont les points phares des dix, (10) étapes du chronogramme. À partir du moment que ce train a démarré, nous souhaitons qu’il aille vite et bien. C’est vraiment une avancée, car mieux vaut tard que jamais. Nous pensons donc qu’il faut les encourager à aller sereinement, et créer toutes les conditions pour
que ce recensement se passe dans les conditions les meilleurs. Quand le chronogramme se dessinait avec l’onction de la communauté internationale à travers la CEDEAO, il faut le dire, tout le monde savait que le RGPH et le RAVEC étaient les clés de voûte de ces dix, (10) points. Alors que cela commence déjà c’est une bonne chose et c’est aussi une raison de plus pour nous de dire qu’il faut maintenir le cap dans la lucidité en évitant les mouvements d’humeur, qui peuvent entraver la marche de la machine de la transition »

A quelques heures de l’an 2 de la prise du pouvoir par le CNRD quelles sont vos impressions ?

« Vous savez il est dit, qu’il ne faut pas oublier la cause pour s’attaquer aux effets. La cause
de l’arrivée du CNRD sur l’arène politique le 05 septembre 2021 était connue de tous. C’était la
crise profonde qui gangrenait la gouvernance antérieure. Nous avons souhaité tacitement
l’arbitrage de l’armée. Cela est arrivé, alors assumons nous !Objectivement depuis leur arrivée nous avons constaté des avancées notoires, nous pensons qu’ils sont sur la bonne voie,et, il faut surtout ne pas oublier qu’il n y’a que l’œuvre de Dieu qui est parfaite à 100%. Le plus important c’est que quand
vous êtes en train d’œuvrer il faut aussi accepter les critiques, les suggestions et redresser barre quand c’est nécessaire. Pour nous à l’ACP, objectivement le bilan du CNRD est globalement positif. À leur arrivée à la magistrature suprême du pays, la première chose qu’ils ont faites c’est d’appeler toutes les composantes socio politico économiques de la société guinéenne à se retrouver, au palais du peuple. Chose qui a permis à ceux qui avaient des dents les uns contre les autres, de rengainer et de pactiser. Après ces assises au palais, il y a eu la création du cadre de dialogue avec un comité de suivi à l’appui, c’est une bonne chose. Nous avons aussi remarqué le nettoyage du fichier de la fonction publique qui était devenu un véritable serpent de mer de l’économie guinéenne. Là vous pouviez rencontrer des centaines voire des milliers de fonctionnaires fictifs et des fonctionnaires véreux qui prenaient indûment plusieurs salaires à la fois. Bref, c’était un fourretout, une vraie source de saignement pour l’économie nationale. Le nettoyage de ce secteur est une action très positive que nous saluons. Dans le domaine de l’agriculture force est
de reconnaitre qu’il y a des avancées, reconnues même sur le plan international, car la Guinée sous l’ère du CNRD est devenu le deuxième pays producteur de riz en Afrique occidentale, derrière le Nigeria et ça c’est formidable. Sur le plan infrastructurel, c’est le lieu de dire que le principe
de l’Administration est une continuité a été appliqué là, parce que nous voyons la poursuite de réalisation des infrastructures routières dans tous les quartiers de Conakry, les routes interurbaines voire même internationale en train d’être faites. C’est tout bénef car toutes les couches de la population en profitent. L’action phare que nous saluons et qui nous fait dire que c’est positif le bilan du CNRD, c’est la création de la CRIEF. La chasse aux prédateurs de l’économie, des bandits à col blanc. Cette CRIEF prouve à suffisance que le
CNRD a vraiment l’envie de faire une gestion saine, vertueuse, parce que ceux qui ont géré avant, sont en train de rendre compte, et ceux qui gèrent aujourd’hui rendrons compte demain sans faute. Nous saluons fortement la création de la CRIEF tout en insistant sur la pérennisation de cet organe et les exhortons à continuer de manière
impartiale, sereine le travail. La CRIEF en sachant raison gardée ne doit faire aucune chasse aux sorcières. Elle
ne doit condamner aucun innocent mais ne doit épargner aucun coupable avéré afin que ce qui a été vidé des caisses de l’Etat revienne à l’Etat pour sortir la Guinée de sa torpeur et de son marasme économique. Ainsi dit, voici des actions qui nous font croire qu’en deux, (2) ans le bilan du CNRD est globalement positif »

Selon vous qu’est ce qui n’a pas marché durant ces deux années de gouvernance du CNRD ?

« Evidemment il y’a des hauts et des bas, mais la vie va ainsi. Seule l’œuvre de Dieu est irreprochable. Ainsi nous reconnaissons que sur le plan social il y a des problèmes, car jusqu’à présent les braves et résiliants contractuels de l’enseignement qui ont volé au secours de l’Enseignement primaire au plus fort de la crise entre Gouvernement et Enseignants titulaires, pour sauver l’année scolaire menacée à l’époque, ne sont pas encore réglés, ils ne sont pas rentré en possession de leurs arriérés de salaire. Il faut qu’ils reçoivent leur dû ; ça c’est un point noir que le CNRD doit corriger. Nous avons également la mobilisation des fonds pour l’accomplissement des 10 points du Chronogramme, qui doivent nous permettre de revenir à l’ordre constitutionnel. Il a été dit quelques part que pour que les vingt-quatre, (24) mois du chronogramme soient respectés il faut six cent, (600 millions de dollars), mais pour le moment c’est cent, (100 millions) qui ont été mobilisés. C’est vrai que la guinée a fait un effort, mais s’il faut que les dix, (10) points soient exécutés et le budget des six, (6 millions) soit obtenu, il y a un gros effort à faire tant de la part de la Guinée que de la communauté international. Le CNRD ne pourra résoudre ce problème seul. Ça c’est un point noir qu’il faut régler. Soit on comprime les (10) point pour réduire drastiquement le montant, ou bien on va droit vers un glissement qui pointe à l’horizon. Nous ne le souhaitons pas. En fin, un point négatif qu’il faille corriger c’est l’insécurité. On entend à longueur de journée que des coupeurs de route ou des bandits
ont fait irruption dans des familles alors que nous sommes dans un régime militaire. C’est inadmissible, les malfrats ne peuvent et ne doivent pas régner la terreur chez la paisible population dans un régime militaire. C’est tout simplement incompréhensible.
Nous suggérons donc à ce que toutes les dispositions soient prises afin que ces points noirs soient éliminés pour qu’en fin de compte cette transition que nous souhaitons être la dernière transition en Guinée soit une réussite pour un retour à l’ordre constitutionnel, avec des élections libres, transparentes, équitables , inclusives , et que le choix du peuple de Guinée soit respecté »

Qu’en dites-vous du coup d’Etat survenu au Gabon alors que le pays venait à peine de sortir d’une
élection présidentielle ?

« Il fallait s’y attendre, après le Gabon il y’a d’autres qui vont suivre encore. Surtout en Afrique
australe, parce que vous avez vu comment se sont passées les élections aux Zimbabwe, et comment des ‘’dinosaures’’ se maintiennent au pouvoir. Quand vous prenez le Cameroun, le Congo Brazzaville, la Guinée équatoriale où des dirigeant font près d’un demi-siècle au pouvoir, c’est inadmissible en plein 21 èm siècle. Nous avons dépassé cette période. Alors le coup d’Etat au Gabon était prévisible parce que le tripatouillage des urnes était si flagrant que vraiment l’armée devait réagir puisque c’était le brigandage électoral de trop. Il faut savoir la cause des coups d’Etat. Pourquoi de tels coups de force ne sont pas imaginables au Rwanda ? C’est parce que le Chef de l’Etat Rwandais est à l’écoute de son peuple, il gère de manière transparente et on sent qu’il vit la réalité de son pays et le peuple ressent les retombées de la croissance économiques. Une fois de plus quand un Chef de l’Etat est dans le cœur de son peuple, de sa population aucun coup d’Etat ne peut l’enlever au pouvoir. Vous avez vu
l’exemple de la Turquie qui est la 12 ème puissance mondiale, en terme militaire, l’armé y a voulu faire un coup d’Etat mais le peuple à mains nues est sorti pour dire NON aux putschistes, car Erdongan est dans le cœur du peuple turque, la population le soutient. Pourquoi le coup d’Etat a réussi au Mali ?
Pourquoi le Coup d’Etat a réussi en Guinée ? Pourquoi le Coup d’Etat a réussi Burkina Faso ? Pourquoi le Coup d’Etat a réussi au Niger ? Pourquoi ça a réussi au Gabon ? C’est parce qu’effectivement ces dirigeants à l’époque n’étaient plus dans le cœur de leur population. Quand vous tripatouillez la constitution, et quand vous faites qu’une partie de la population se sente brimée au profit d’autres populations et que vous avez tout fait démocratiquement pour changer la situation sans y parvenir, c’est comme Jerry Rollins l’a dit , je cite: si le peuple est ballonné il ne réussit pas à se libérer de son carcan c’est à l’armée de venir à sa rescousse pour prendre ses responsabilités et redresser la barre. C’est ce qui est arrivé dans tous ces pays ou les coups de force ont eu lieu et réussis »

Votre mot de fin pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel ?

« D’abord à la population guinéenne qui vit dans une sorte de paradoxe, alors que le pays est doté de toutes les richesses minières, agricoles et autres il vie dans une pauvreté indescriptible, ce n’est pas une fatalité. Nous devons tous participer chacun en ce qu’il peut à changer cette donne. Le peuple de Guinée a été résiliant, restons très soudé, nous sommes un et indivisible, aucun régime ou politique ne doit nous diviser. La guinée est une nation restons telle et unie, c’est une chance d’avoir une diversité de quatre, (4) régions naturelles avec ses différentes langues. Rien ne doit diviser les Guinéens. Notre unité doit rester à jamais. Quant aux dirigeants du CNRD qui nous gouverne aujourd’hui, je leur demande d’être à l’écoute de la population et de faire en sorte que la souffrance que le peuple de Guinée a tant enduré s’arrête puisse que c’est possible. Pour ça il faut que les élites s’entendent entre eux, il faut que le CNRD créé toutes les conditions pour que les élites se donnent les mains. Il faut que les engagements pris soient respectés au pied de la lettre parce que l’homme c’est la parole. Pour cela tous les efforts sont bons pour que cette transition soit la dernière en Guinée et qu’elle se passe dans la paix la plus absolue afin qu’au bout des deux, (2) ans actés entre la CEDEAO et le CNRD qu’il y’ait des élections libres, transparentes, inclusives et que le choix du peuple de Guinée soit respecté pour que le colonel patriote Mamady Doumbouya au terme de cette transition passe le flambeau au futur président démocratiquement élu par le peuple de Guinée dans sa majorité absolue. Honnêtement je voudrais, je souhaite et je prie Dieu que ce futur président soit Dr Ben Youssouf Kéita actuel président
de l’Alliance pour le Changement et le Progrès, ACP »
La charité bien ordonnée commence par soit même. Merci

Propos recueillis par Amadou Kanté